
| No. de produit: PPA020412 | Date d'émission: |
Monstres. Date d'émission: 30.04.2012. Valeur: 6,50, 11,00, 17,00 et 19,00 kr. Numéros: FO 735-738
Format, timbre: 26 x 40 mm. Artiste: Edward Fuglø. Technique d'impression: Offset
Imprimerie: LM Group, Canada. Usage postal: petites letres 0-50 gr, lettres medium 51-100 gr et 101-250 gr aux Iles Féroe et lettres grandes 51-100 gr á Europa
Les anciennes croyances populaires avaient souvent trait à des êtres et à des choses à la frontière du monde connu et d'un monde extérieur dangereux dont les gens avaient peur, ou à la limite du vrai et du faux, que cette limite soit fixée par des règles laïques, par des lois ou par la tradition.
La croyance dans le niðagrís (le fantôme de l’enfant mort) est issue d'un grave crime. La peur que le grýla vienne s’emparer des enfants est liée au respect des règles imposées par l’Eglise. Les trolls du rivage tenaient les enfants à distance du bord de l'eau et de ses dangers, et le démon du cauchemar était le signe d'une perturbation physique ou psychique connue de la plupart des êtres humains.
Grylen, un déguisement dangereux
Les festivités dans lesquelles interviennent différentes formes de déguisement existent dans les civilisations du monde entier, y compris au Danemark. Parmi les fêtes les plus traditionnelles de ce genre, on peut citer les différentes formes de carnaval liées à mardi gras. Aux îles Féroé, les enfants se parent ce jour-là de costumes joyeux et de masques pleins d'imagination puis rendent visite à leurs amis et voisins où ils reçoivent des friandises ou de la menue monnaie. C’est en quelque sorte un jeu que l’on appelle « faire le grýla ». Le Grýla est pourtant un être issu de la croyance populaire qui vient vérifier qu’aucun enfant ne mange de viande durant le carême.
Une très ancienne comptine reprend l’histoire de cette créature qui emporte avec elle un sac dans lequel elle met les enfants assez effrontés pour enfreindre la très stricte loi du carême, qui existe notamment dans les pays catholiques.
La légende veut que le richissime Gæsa, qui possédait la moitié de l’île de Streymoy, fut découvert en train de manger de la viande durant le carême et condamné à perdre la totalité de ses biens terrestres.
La coutume catholique du mardi gras et du carême est largement répandue. Très renommé, le carnaval de Rio est devenu un événement touristique gigantesque. Dans la plupart des pays catholiques de l’Europe du sud, mardi gras est fêté à grand renfort de carnavals et de facéties.
A notre époque, la commercialisation des coutumes populaires est un fait inévitable. Il se dépense et il se gagne beaucoup d’argent à l’occasion des carnavals, et les médias ne sont pas en reste pour ce qui est de retransmettre des images des parades bariolées et spectaculaires de Rio et d’autres villes. Une autre conséquence observée à notre époque est l'influence anglo-saxonne. Le jeu traditionnel des masques se trouve depuis quelques années remplacé par la fête nord-américaine de Halloween, qui était à l'origine une fête gaélique des lumières à laquelle se mêlait un jeu de masques semblable à un carnaval. Il est intéressant d’observer comment cette coutume gagne du terrain dans notre culture nordique, sans que quiconque réfléchisse vraiment au fait que des coutumes festives similaires existent chez nous pratiquement depuis la nuit des temps. Cela est peut-être dû également au fait que la fin de l’automne est une époque propice aux festivités et à l’amusement. Halloween se fête le 1er novembre, tandis que mardi gras a lieu au printemps, se trouvant ainsi en concurrence avec les nombreuses activités des beaux jours.
Le démon du cauchemar
La créature surnaturelle nordique du cauchemar vient la nuit s’asseoir sur les êtres humains endormis, perturbe leur sommeil, provoque chez eux de mauvais rêves et trouble leur respiration. Le cauchemar prend souvent l’apparence physique d’une belle femme ou d’une jeune fille sous laquelle se cache une créature horrible qui aimera, par exemple, mettre ses doigts dans la bouche du dormeur pour lui compter les dents. Si le cauchemar réussit, le dormeur mourra.
Il arrive à la plupart des gens de mal dormir, d’avoir au niveau de la poitrine une sensation d’oppression les empêchant de respirer librement, et d’avoir des cauchemars. Il peut y avoir de nombreuses raisons à un sommeil agité ne conférant pas de vrai repos : la maladie et les soucis sont souvent à l’origine des troubles du sommeil, de même que les excès alimentaires ou la mauvaise digestion d’un aliment douteux peuvent donner les mêmes symptômes. Ce sont vraisemblablement des causes naturelles de ce type qui ont donné lieu à la croyance du démon du cauchemar.
Au fil du temps, on a donné de nombreux conseils pour conjurer cette créature. On pouvait réciter certains vers ou prières, souvent rituelles, afin d’éloigner le démon du cauchemar. Ainsi, il était conseillé d’enrouler un couteau dans un chiffon ou encore une jarretière et de l’agiter autour de la personne craignant le démon du cauchemar en le faisant passer d’une main à l’autre pendant que l’on récitait un couplet conjurant le cauchemar. A quelques endroits, il était recommandé de disposer ses chaussures devant son lit en tournant le bout des chaussures vers l’extérieur. Le cauchemar ne monterait alors pas dans ce lit.
La croyance du démon du cauchemar ou autres créatures maléfiques existe dans de nombreuses cultures, sans doute parce que les troubles du sommeil sont un phénomène répandu chez les êtres humains. Dans certains endroits, on croyait que certaines personnes pouvaient se transformer en cauchemar et ainsi faire du tort à leurs ennemis. Selon certaines légendes, le démon du cauchemar prend également des traits clairement sexuels et c'est alors un démon ayant l’apparence d’une femme qui cherche à nuire aux hommes endormis et, inversement, un démon ayant l’apparence d’un homme qui vient troubler le sommeil des femmes.
La croyance du démon du cauchemar a été forte dans de nombreuses cultures. Le plus ancien droit religieux nordique prévoyait ainsi des amendes pour quiconque viendrait hanter d’autres personnes sous la forme du démon du cauchemar.
Souvent, ce démon est représenté comme une femme volant dans l'air. C’est pourquoi il y a parfois confusion entre cette créature issue de la croyance populaire et les sorcières. En effet, ce sont des femmes qui volaient vers le Blocksberg sur leur manche à balai afin de participer à de folles débauches avec le diable. Initialement, il n’existait pourtant aucun lien entre ces deux représentations.
De nos jours, dans nos régions, il ne se trouve sans doute plus personne pour croire au mare, le démon du cauchemar, mais l’étymologie est là pour nous rappeler cette créature, par exemple en danois, où le mot « cauchemar » (mareridt) en découle directement et où une personne pénible ou un problème s’avérant difficile à résoudre peuvent être décrits comme un mare. Il en va de même en anglais, avec le mot nightmare, et même en français, l'étymologie de cauchemar fait référence à ce démon du mare.
Le fantôme de l’enfant mort
D’après une croyance populaire largement répandue, certaines personnes pourraient après leur mort se transformer en une sorte de créature ressemblant à un animal et devenir des fantômes revenant hanter les humains. Aux îles Féroé et à bien d’autres endroits, on croit que les enfants nés clandestinement et tués reviennent sous forme de fantômes et se montrent aux êtres humains sous une certaine forme. Si l’on en croit les représentations féroïennes, ce revenant est un petit être potelé ressemblant à un bébé et à peine aussi grand qu'une pelote de laine. La raison pour laquelle ces fantômes reviennent hanter les vivants tient surtout au fait qu'ils veulent un nom parce qu'ils sont morts sans avoir été baptisés.
Un nom a de l’importance, et ne pas en avoir est un état de fait malheureux. Lorsqu’il est baptisé et reçoit un nom, le nouveau-né se voit en même temps attribuer une place bien à lui au sein de la famille et de la société. Il devient une personne. Son nom le suivra toute sa vie, figurera dans les registres officiels, y compris après son décès, où son nom sera la preuve que l'intéressé a vraiment vécu. Un petit enfant tué à la naissance ne se voit jamais attribuer de place, n’est pas inscrit dans les registres et personne n’aura jamais connaissance de son existence. Sa venue au monde n'a pas été souhaitée et est passée sous silence.
S’il parvient à obtenir un nom, ce malheureux enfant cessera d’être un revenant et ne sera jamais revu. En féroïen, ce revenant s’appelle un niðagrísur. Ce mot évoque, d’une part, le fait que l’enfant n’a jamais obtenu d’avoir une vie dans la béatitude (niða= en bas, c’est-à-dire la direction opposée à celle qui mène à une dans la béatitude), et, d’autre part, une créature ressemblant à un animal (grísur= cochon) parce qu’elle n’est jamais devenue un être humain. Selon certains chercheurs, cette origine serait à rechercher dans la période préchrétienne au motif que c'est le nom qui revêt de l'importance, et non le rituel du baptême en tant que sacrement religieux.
Près du village de Skála, aux Féroé, se dresse un rocher appelé le rocher de Loddasa. C’est ici qu’il arrivait souvent que l’on rencontre le fantôme d'un enfant tué. Un homme du village se mit dans une telle colère en rencontrant le fantôme qu'il lui cria : « Sikken en loddas! » Depuis lors, personne n’a revu le fantôme. On pense qu’il a compris cette expression comme un nom et a ainsi pu trouver la paix. (La signification du mot Loddas est d’ailleurs incertaine).
Dans le village de Virðareiði, une jeune servante donna naissance à un enfant dans la clandestinité. Elle l’enveloppa dans une jambière et l’enterra. Lorsque la servante se maria par la suite, le fantôme de l’enfant reparut au mariage dans la jambière, roulant entre les pieds des convives et chantant une chanson sur sa triste destinée.
Le troll du rivage
Jadis on croyait aux trolls, qui vivaient en dehors du monde humain dans des lieux difficilement accessibles ou impraticables, en haut des falaises et des montagnes, ou tout au fond de grottes. Les trolls vivaient dans un univers sombre et effrayant et appartenaient au monde païen. Ils étaient dangereux et menaçants.
On a conté beaucoup d’histoires et de légendes sur les trolls, mais les avis sont partagés quant à savoir si la population croyait réellement à leur existence. Selon de nombreux chercheurs, les récits sur les trolls dangereux avaient avant tout un but pédagogique et visaient à effrayer les enfants, et éventuellement certains adultes, pour les dissuader de s'aventurer dans des endroits dangereux, en particulier lorsqu’il faisait sombre.
Une légende célèbre raconte qu’un soir, au crépuscule, un troll parvint à enlever un enfant du village de Hattarvík, sur l’île de Fugloy. Un vieil homme se lança à la poursuite du troll et parvint à sauver l’enfant tout au bord de la falaise surplombant la mer. Le troll se jeta dans la mer et fut ainsi appelé le troll du rivage. Dans le même village, on raconte l’histoire d’un autre troll que l’on voyait souvent arriver de la mer et atteindre la côte au crépuscule. Il était terriblement effrayant, disait-on. Des algues lui poussaient dessus et des galets étaient suspendus de toutes parts sur son corps. Lorsqu’il bougeait, on aurait dit qu’il traînait derrière lui des meules de moulin, tandis que le sol se désagrégeait et tournait tout autour de lui. Ce troll était si énorme qu’il dépassait des maisons les plus hautes. Un homme du village finit toutefois par le terrasser, et personne n’en entendit plus parler.
Près du village de Hattarvik, la falaise qui surplombe la mer est assez haute à certains endroits, la plage très étroite, et le ressac souvent impétueux. On imagine sans peine l’inquiétude des adultes concernant les enfants, et leurs raisons de les éloigner des dangers qui les menaçaient sur le rivage.
Eyðun Andreassen
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