Date d'émission: 20.09.2010 - Valeur: 6,00 et 8,00 DKK. - Numéros: FO 696-697 - Format, timbre: 24,75 x 45,00 mm - Peintures: Edward Fuglø - Technique d'impression: Offset - Imprimerie: LM Group, Canada - Usage postal: lettres petit et lettres medium, 0-50 g
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Des pommes de terre et des navets
On consommait depuis bien longtemps des navets aux îles Féroé avant la pomme de terre n’y devienne un légume ordinaire vers le milieu du 19e siècle. Deux espèces de navets y étaient cultivées : le navet féroïen (brassica napus) et le navet norvégien (brassica rapa), ce dernier étant le plus consommé autrefois. Les navets féroïens poussaient si profondément sous terre que l’on était contraint d’utiliser une bêche pour leur récolte. Les navets norvégiens, quant à eux, poussaient dans les terres arables et pouvaient être pris à main nue. Les champs de navets étaient dénommés rótakál On utilisait principalement les navets pour les soupes mais aussi pour accompagner le pain ou le repas du midi, par exemple avec de la volaille.
Plus tard, les Féroïens se mirent à cultiver d’autres sortes de légumes potagers, comme par exemple le chou-rave, la rave blanche et le turneps, car les graines de ces légumes étaient alors disponibles en commerce. A partir des années 1920, la population commença à s’intéresser aux jardins potagers et le navet poussait désormais à côté d’autres légumes. Avant l’arrivée de la pomme de terre, on ne mangeait que des navets pour accompagner le repas du midi.
Pour des raisons obscures, il était autrefois habituel de se faire voler ses navets. Les cultivateurs faisaient donc pousser leurs navets parmi les pommes de terre car leurs plantules cachaient celles des navets.
De nos jours, les étals de magasins féroïens proposent les choux-navets, communément appelé navets féroïens. Issus de graines étrangères, ils poussent ici, mais les conditions climatiques peu favorables les rendent plus petits qu’à l’habitude et donc plus délicieux en goût.
La pomme de terre est arrivée au Danemark en 1719. Nous savons qu’aux îles Féroé, on cultivait le navet entre 1775 et 1799 à Torshavn et que c’est seulement au milieu du 18e siècle que la pomme de terre a fait son entrée chez nous. Nombreux sont ceux qui se rappellent le récit de Hans Marius Debe sur l’arrivée de la pomme de terre à Gjógv en 1835.
Tout au départ, on cultivait la pomme de terre de la même manière que le blé et les navets, mais rapidement, on commença à butter les pommes de terre. Un rayon profond, un pied, était creusé à l’aide d’une pioche ou d’une pelle, on mettait ensuite une couche d’engrais et puis la pomme de terre y était plantée et un billon formé pour la protéger. À Mykines, la population crut longtemps que la pomme de terre pouvait exclusivement être cultivée sur les parcelles abritées proches du village. On appelaient ces parcelles le pays de Chanaan. Personne ne tentait de les cultiver ailleurs, et ceux qui n’étaient pas propriétaires de parcelles de terre mangeaient beaucoup de navets et très peu de pommes de terre. Mais quand on commença à cultiver des plaques de gazon, il s’avéra que la pomme de terre pouvait en fait pousser partout.
Certains endroits étaient pourtant très propices au buttage de la pomme de terre, pratique qui fut largement utilisée par exemple à Oyran à Sørvágur et sur la plage de Sandur. Les parcelles étaient rarement au repos et on utilisait comme engrais de la bouse de vache ou des engrais chimiques.
La plage était si profonde qu’il était possible d’y conserver les pommes de terre jusqu’au printemps dans une fosse à pommes de terre. Cette fosse était un carré si profond que le gel n’y pouvait pas pénétrer. Afin de retrouver ses pommes de terre, on dessinait la parcelle en indiquant la fosse. En plus de cette manière de stocker les pommes de terre, il y avait aussi les cabanes à pommes de terre en gazon qui étaient elles aussi plus ou moins enterrées. Les habitants gardaient aussi leurs pommes de terre dans leurs caves, mais une température bien basse était nécessaire pour que les pommes de terre ne commencent pas à germer avant l’heure !
Le grand tournant dans la culture de la pomme de terre aux îles Féroé vint avec la découverte faite par un homme de Miðvágur sur Vágar, car il inventa une nouvelle manière de la cultiver : elles poussaient sous des plaques de gazon tournées à l’envers, c’est-à-dire avec l’herbe en bas. Cette méthode fut appelée Vágaveltan. C’était un procédé très simple. Les pommes de terre étaient disposées sur une lanière de gazon et ensuite couvertes de gazon en plaque retournée, et ainsi enveloppées d’herbe. Même de nos jours, c’est la manière la plus utilisée pour cultiver des pommes de terre et on n’utilise qu’une poignée d’engrais chimiques entre chaque plante.
Après 1925 et notamment dans les années 1930, époque d’une grande pauvreté, la pomme de terre prit toute son importance dans les foyers féroïens qui ne juraient que par la pomme de terre comme accompagnement pour le repas principal du midi.
Certains villages, comme par exemple Sandur, cultivaient de si grosses quantités de pommes de terre qu’ils pouvaient en revendre à d’autres, comme par exemple au village de Tvøroyri qui n’avait pas de terres et était donc obligé d’acheter. De nos jours, la plupart des habitants achètent des pommes de terre étrangères dans les commerces, mais il y a quand même un certain nombre de producteurs « amateurs » qui, pendant leurs loisirs, font pousser leurs propres pommes de terre qui, évidemment, sont bien meilleures que celles du commerce !
Jóan Pauli Joensen